Pampa Club, joie de vivre

Pampa : l’entrepreneuriat (flower) power

Entrepreneur

Depuis plus d’un an, des coursiers supersoniques déambulent dans les rue de la capitale pour livrer des compositions florales aériennes et terriblement « jungle boogie ». Le service de livraison en ligne Pampa propose en effet d’envoyer illico à ses proches de l’amour en bouquet. Mais les racines du succès d’Emmanuelle et Noélie, les deux créatrices de cette start-up végétal, poussent bien au-delà. Atelier DIY, vente de plantes, scénographie… Fred est parti à la rencontre de la fine fleur de l’entrepreneuriat  féminin.

©Pierre-Emmanuel-Testard

Cela fait plus de deux mois qu’on vous court après pour une interview, vous semblez être sur tous les fronts en ce moment ?

Noélie : Travailler dans la fleur c’est un métier saisonnier, nous sommes donc toute l’année sur le feu. D’autant que le travail afflue encore plus à l’approche de certaines fêtes, il y a eu la Saint-Valentin, le 4 mars la fête des Grand-Mères puis celle des mères qui arrive en mai. Plus j’y pense, plus je me dis que c’est forcément un amoureux des fleurs qui a inventé tous ces événements. Malin, comme ça cette personne pouvait envoyer de beaux bouquets de fleurs tout au long de l’année.

Emmanuelle : Elle a raison, il n’y a jamais de moment creux pour un fleuriste. Depuis que je fais ce métier, je suis même étonnée de certaines périodes de « rush ». Prenons le mois de juin par exemple, rien d’exceptionnel ? Et bien si, avant les départs en vacances, de nombreuses entreprises souhaitent remercier leurs employés soit en leur offrant des bouquets, soit en organisant des ateliers de créations florales.

Des entreprises qui soudoient leurs salariés avec des fleurs ? L’idée est intéressante. Donc les bouquets Pampa garnissent autant les salons de particuliers que les open-spaces ?

Les fondatrice de Pampa, Noélie et Emmanuelle

@ Pierre-Emmanuel Testard

Noélie : Une part importante de notre activité est B2B. Cette offre auprès des entreprises se décline soit sous forme d’abonnement, soit sous forme d’atelier, soit lors d’un événement lorsque nous en assurons la décoration. Après, nous apportons le même soin à nos bouquets et la même rigueur dans la livraison quel que soit le destinataire, car au final qu’il soit chez lui, à son bureau ou à un pot de son entreprise, c’est une délicate attention que nous livrons avant tout.

Emmanuelle : Notre offre B2C est comme une vitrine de fleuriste mais virtuelle. Avec notre site et Instagram, on peut mettre en avant notre concept phare qui est le bouquet de la semaine. C’est une composition florale qui varie tous les 7 jours en fonction des arrivages, des saisons et aussi de notre humeur.

Avec tous ces clients, cela doit faire un paquet de bouquets par jour… Pourtant j’ai beau vous observer, vous n’avez pas huit bras comme la déesse hindoue Shiva… C’est quoi votre secret ? Le don d’ubiquité ? L’armée des lutins du Père Noël ?

Noélie : D’être entourées d’une super équipe, à la fois compétente et passionnée. Pampa existe depuis moins de deux ans, nous sommes environ une quinzaine de personnes dans nos ateliers et nous ne travaillons qu’avec des artisans qui apportent une attention particulière au travail de la fleur. Pour toutes les autres tâches, c’est Emmanuelle et moi : l’administration du site, la communication, le juridique, la comptabilité… Quand un entrepreneur lance son entreprise, il est quotidiennement et constamment dans l’opérationnel. Il faut être caméléon dans l’entrepreneuriat.

Ma parole, reposez-vous les filles, à ce rythme là vous risquez de faner !

Emmanuelle : 😆 Franchement je me sens pleinement épanouie donc cela ne me dérange pas d’avoir des journées de 15 heures tant que je fais ce qui me plaît. Et puis, il ne faut pas se reposer sur nos lauriers. Aujourd’hui la fleur est un secteur très concurrentiel. Il existe les fleuristes de quartier, un commerce de proximité qui ne doit surtout pas disparaître et en parallèle depuis quelques années, l’offre sur Internet de livraison de fleurs a littéralement explosé. Il faut donc constamment se renouveler et faire fleurir de nouveaux concepts.   

Je pense aussi que nous avons horreur du vide, c’est pour cela qu’on ne se repose jamais. Quand notre agenda souffle le temps d’une heure ou deux, nous nous réservons ce moment pour réfléchir à de nouvelles idées.

Noélie :  Nous avons par exemple sorti en édition limitée « la cloche de fleurs séchées » mais aussi des carnets de bouquet pour se faire livrer quand on veut… bref chez Pampa l’approche business est très « test and learn ».

Avec Pampa, se faire livrer un bouquet quand on souhaite

Vous utilisez le mot métier, et presque jamais fleuristes, créatrices, compositrices florales… pour vous définir. Comment décrivez-vous véritablement votre activité ?

Noélie : La vision de Pampa est de remettre la fleur dans le quotidien des gens. Un bouquet, c’est à la fois un outil de bien-être, de partage, de communication et aussi évidemment un objet déco. Les fleurs rafraîchissent un lieu, créent le dialogue et invitent à la relaxation. Culturellement, notre génération a pris l’habitude d’offrir des fleurs pour des occasions exclusives ou pour se faire pardonner… Ou alors les gens assimilent le fleuriste à une pratique d’un autre temps. Pampa souhaite que la fleur s’adresse à toutes les générations.

Vous êtes donc un peu les impresarios des fleurs, un peu comme ces agents qui essayent de remettre sous le feu des projecteurs des stars has-been des années 70 ?

Emmanuelle : 😆 Dans un sens oui, surtout que nous confectionnons nos bouquets avec au moins 10 variétés de fleurs différentes. Et moi, j’adore travailler avec des fleurs « bizarres ».

Bizarre genre plantes carnivores ? Fleurs hallucinogènes ?

Emmanuelle : Mais non, bizarre car ce sont des variétés de fleurs qui ne payent pas de mine à première vue, des « girls next door » florales qui poussent dans l’ombre des fleurs stars. Mais une fois qu’elles sont intégrées à un ensemble harmonieux, elles dégagent alors une beauté insoupçonnée.

Vous utilisez des fleurs de saison et parfois bizarres, vous travaillez avec des producteurs locaux, vous utilisez des variétés différentes… C’est cela le vrai secret de vos bouquets ?

Emmanuelle : Allez, je te donne un petit conseil. Le secret c’est de ne pas être régulier. Ni dans dans tes hauteurs, ni dans tes textures, ni dans tes volumes et surtout pas dans tes couleurs. Quand je crée le bouquet de la semaine, j’associe des fleurs dites « floues », plus légères pour augmenter le volume, et des fleurs dites « rondes », plutôt présentes pour leurs couleurs et leurs beautés. Il faut savoir associer des basiques à des fleurs plus nobles, un peu comme un look. Finalement tu as ta réponse, notre métier c’est styliste floral.  

Les bouquet "jungle" de Pampa

@ Paul Rousteau

Donc en fait plus c’est le chienlit, le capharnaüm, le bazar, la Pampa quoi, plus le bouquet va vous plaire ?

Emmanuelle : Exactement, ce qui se dégage de ce mot représente bien l’esprit de nos bouquets. C’est la Pampa, la jungle ! Et puis avec Noélie, nous nous sommes rencontrées au sein de l’agence We Love Art, organisatrice du Festival de musique We Love Green. L’idée de Pampa nous est venu alors que nous discutions musique lors d’un festival écolo. En plus, on est particulièrement fan de musique électro berlinoise, notamment de DJ Koze du label Pampa Records.

Tout s’explique ! Moi qui pensais que vous aviez trouvé ce nom lors d’un voyage en Argentine. Après une longue balade à dos de Bagual sauvage dans les steppes…

Noélie : Hélas non, même si Emmanuelle rêve de visiter cette région du sud de l’Argentine. Pour être honnête que ce soit pour notre nom, notre site, notre logo, nos concepts, nous ne sommes pas du genre à faire des heures de brainstorming ou de longues présentations PowerPoint. Nous avons la chance de fonctionner à l’inspiration et à l’instinct et pour le moment cela marche. Il ne faut pas oublier que nous avons toutes les deux quitté des jobs salariés, il ne fallait pas perdre de temps, nous devions concrétiser notre projet rapidement.

En 2013, l’économiste David Graeber théorisait le principe de « bullshit job », des métiers que fuient de plus en plus la génération Y pour se tourner vers l’artisanat. Néo-bouchers, néo-tapissiers, néo-fleuristes… Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Emmanuelle : Notre génération se recentre de plus en plus sur deux choses essentielles pour l’épanouissement personnel d’un humain : l’indépendance et le créatif. J’ai énormément d’amis qui ont fait une école de commerce comme moi et après quelques années de salariat en finance ou banque, ils ont décidé par exemple d’ouvrir un restaurant. Dans la reconversion de fleuriste que j’ai effectué l’année dernière, c’était plein à craquer avec une liste d’attente longue comme le bras. Personnellement, je ne me suis jamais aussi bien sentie car je ne fais jamais la même chose chaque jour de la semaine.

Une partie de notre génération n’a pas envie d’être mono-tâche toute la journée derrière un écran et n’a plus forcément une ambition hiérarchique à l’ancienne.

Noélie : On a toutes les deux été salariées donc on sait que c’était un format dans lequel on ne s’épanouissait pas sur le long terme. On a appris plein de choses, on ne le renie pas, mais ce n’était pas fait pour nous. Il ne faut pas assimiler ce rejet du salariat de notre génération à de la fainéantise. Je travaille plus que lorsque que j’étais en agence, mes semaines ressemblent à des marathons, mais au bout du compte, je le fais pour moi et par pour répondre à l’exigence d’un employeur. Pampa ce n’est pas juste une lubie, nous nous développons exactement comme une start-up.

Emmanuelle : D’ailleurs, c’est marrant car tous les artisans de notre atelier n’étaient pas fleuristes à la base. Ils ont tous fait une formation de reconversion et font partie maintenant de notre aventure. Chez Pampa, on a d’anciens trapézistes, d’anciens gestionnaires en immobilier et même un ancien décorateur de cinéma.

Acidulée et pétillante, voici l'équipe de Pampa

@Pierre-Emmanuel Testard

Pampa, la start-up de la reconversion, une nouvelle manière de repartir dans la vie. Cela pourrait faire une bonne accroche, non ?

Noélie : Tu rigoles, mais on est en plein dans le thème en ce moment. Un matin, une membre de notre équipe arrive bouleversée après avoir vu la veille un documentaire sur les conditions de vie dans les prisons. Un sujet qui nous a toutes touchées dans l’équipe. Nous nous sommes alors rapprochées de Champs Libre, une association qui s’occupe de personnes en situation d’isolement. Au bout d’une seule réunion, l’idée de proposer des ateliers floraux en prison est vite arrivée sur la table. Le milieu carcéral est ultra-bétonné, il n’existe pas d’arbre, pas de jardin, le parfum est interdit en cellule. Notre meilleure réponse pour tenter de leur offrir un moment d’évasion, est d’inviter ces personnes à confectionner de beaux et grands bouquets qui sentent bons. Nous avons même réussi à négocier pour qu’ils puissent ensuite remporter leur bouquet soit dans leurs cellules pour la décorer, soit pour l’offrir au parloir à leurs proches lors d’une prochaine visite. C’est un projet qui doit durer quatre mois, nous sommes déjà allées à la maison d’arrêt de Bois D’Arcy, on prévoit également d’aller à celle de Versailles.

Et pourquoi pas imaginer aussi des ateliers en maison de retraite ?

Emmanuelle : Totalement ! Dans l’équipe, nous partageons tous cette idée que le végétal est vital pour l’humain. Même dans nos ateliers avec des clients, on essaye vraiment de leur dire que c’est leur moment. On pose son portable, on se concentre sur la création, on coupe des tiges, on jette les branches par terre, on vit, on se défoule.

Vos coursiers livrent vos bouquets exclusivement à vélo. Ils doivent pas mal se défouler eux aussi et avaler les kilomètres ?

Emmanuelle : Notre partenaire pour la livraison des bouquets est la coopérative de coursier Olvo. Ce sont les meilleurs, depuis le début on travaille avec eux, ils connaissent parfaitement nos produits et quoiqu’il arrive, ils se démènent toujours pour que le bouquet arrive à bon port.

Noélie : Les derniers mètres dans ce métier sont capitaux. Offrir un bouquet, c’est également un geste, un sourire, une attention. C’est pour cela qu’on a introduit l’option « lire le message à voix haute ». Un service gratuit et que nos clients adorent. Pour la petite histoire, un jour une cliente souhaitait envoyer un bouquet à sa fille étudiante. Au moment de la livraison, elle était en cours, au lieu de laisser le bouquet à l’accueil de l’établissement, notre coursier a demandé le numéro de la salle. Il a fait irruption en plein cours avec le bouquet et lui a souhaité un joyeux anniversaire. Cela s’est fini par des larmes de joie pour l’étudiante et une standing ovation pour le coursier.

Des bouquets acidulés

@Paul Rousteau

Pour le futur on imagine des livraisons par drones ? Ou alors un robot coursier qui chantera une chanson au moment de donner le bouquet ?

Emmanuelle : Un bouquet est quelque chose de trop fragile pour le confier à des robots. Il ne passe pas seulement entre les mains de deux personnes mais d’au moins 7 ou 8 entre le moment de sa confection, de son emballage et de sa livraison. Donc non, la livraison par coursiers sera toujours de rigueur dans le futur mais j’adorerais qu’ils troquent leurs vélos contre des patins à roulettes façon Los Angeles.

Pour finir instant poésie. Si vous deviez vous définir l’une et l’autre par une fleur… Laquelle choisiriez-vous ?

Noélie : Pour moi Emmanuelle, c’est une nigelle bleue. Déjà pour sa rareté, les fleurs bleues ça ne court pas les jardins. Mais aussi car elle est délicate et complexe à la fois, un peu comme ta coiffure.

Emmanuelle : 😆 Pour moi, tu serais plutôt une renoncule butterfly. C’est une de mes fleurs préférées, elle est à la fois magnifique et ultra-résistante.