Patin + sneakers, l’équation gagnante de Flaneurz pour la mobilité urbaine

Entrepreneur

On chausse et on déchausse ses Adidas, Nike, Veja ou Vans en un vrombissement de cheville. On marche, on roule, toujours avec classe. Depuis qu’il a eu l’idée en 2013 de commercialiser des patins adaptés sur des sneakers iconiques, tout semble rouler pour Florian Gravier. Avec cette innovation, qui unifie sous la même bannière fan de street culture et Yamakasi à roulettes, la start-up Flaneurz se place en pôle position de la mobilité urbaine du futur. Sans gaz d’échappement, ni batterie au lithium.

Armani, Yves Saint Laurent, Moschino, Tommy Hilfiger… La mode s’empare depuis quelques temps du patin à roulettes. Comment cet objet est passé du statut de jouet en plastique Fisher Price des années 80 à un accessoire de luxe des podiums ?

Il n’y pas plus cyclique comme objet que le patin à roulettes. On oublie souvent que cet accessoire existe depuis plus de 250 ans. Et cette longue histoire oscille entre des grandes périodes d’engouement et d’autres de relative anonymat. Peut-on se demander si le patin est un accessoire de luxe ? Oui, si on se réfère à son développement au XIXème siècle. C’était un loisir mondain très prisé, la bourgeoisie de l’époque dansait la valse en patin dans des gigantesques « skating rink ». En effet, les trottoirs de l’époque n’étaient pas vraiment aménagés pour une telle pratique. Savoir si c’est un « jouet » ? Aussi, car le roller quad, c’est à dire quatre roues en rangées de deux, c’est la folie disco des années 70 et le loisir par excellence dans les années 80-90.

Accessoire, jouet, transport urbain, pratique sportive… Ce n’est pas tant l’utilité qui définit le patin mais plutôt la sensation de glisse.

On est dans un cas extrême là aussi. De nombreux adeptes et ingénieurs ont perfectionné le patin à travers le temps afin d’optimiser la sensation de glisse, le confort et évidemment la sécurité. On peut citer pêle-mêle le belge Merlin, le néerlandais Van Lede, le français Petitpas, l’américain Richardson et j’en oublie… En bois, en métal ou en ivoire, avec frein ou sur essieu, système de lubrification ou roulement à billes… L’histoire du patin est parsemée de tentatives plus ou moins réussies. En 1907, les roues en caoutchouc apparaissent, puis en 1979 celles en polyuréthane qui garantissent une meilleure stabilité. Tu peux être casse-cou, faire de la rampe ou juste aller te déplacer pour aller à ton travail ou voir tes amis.

Comme lorsqu’on voit des quinquagénaires en costume gris foncé sur les trottoirs en trottinette électrique….

Chez Flaneurz, nous prônerons toujours la mobilité active, nous ne serons jamais les chantres de l’assistance électrique. Déjà, pour le plaisir de rouler et de faire du sport. Ensuite, soyons honnêtes, on nous répète sans cesse que les transports électriques sont l’avenir. Des trottinettes fabriquées en Chine avec des batteries en lithium de mauvaise qualité que l’on recharge avec de l’électricité nucléaire ?  C’est mieux que l’essence certes, mais cela reste écologiquement parlant très discutable. Notre essence chez nous, c’est l’humain, il faut réussir à susciter dans nos sociétés des élans de mobilité pour que ce type de transport devienne la norme. Comme lors des grèves de 1995, à cette époque le patin a connu un énorme « boom » car les parisiens devaient tout de même se déplacer et le patin était la solution la plus pratique.

Donc le milieu du patin doit être reconnaissant envers Alain Juppé ? Le 1er Ministre de l’époque qui a provoqué, malgré lui, cette chienlit dans les transports en commun.

(Rires) Je n’irai pas jusque là. Dans notre métier, il faut savoir anticiper, car comme évoqué plus haut, le patin est cyclique. En ce moment, c’est la mode mais il faut avoir un coup d’avance si dans quelques années l’activité se retrouve dans le creux de la vague. C’est pour cela que notre positionnement est unique au monde, nous sommes des experts en transformation de chaussures. Avoir sa basket préférée en mode amovible version patin, c’est un rêve d’enfant. Clic, on avance et on glisse, clac on se remet à marcher normalement et on range les roues dans un sac-à-dos. Les déplacements urbains n’ont plus aucune entrave, c’était clairement mon fantasme quand j’étais enfant. Aujourd’hui nous clipsons des chaussures sur des patins, demain sur d’autres supports.

Les idées de génie passent souvent par un déclic… Selon la légende, c’est la chute d’une pomme qui aurait inspiré à Isaac Newton la théorie de l’attraction universelle. Quel a été ton déclic ?

Les regard ébahis des gens devant un objet que j’avais monté en une heure. J’ai eu la chance de beaucoup crapahuter à travers le monde, Mexique, Brésil, Argentine, Suisse, États-Unis… Je suis persuadé que les voyages, l’immersion dans une culture différente est la meilleure formation pour un entrepreneur. Un jour, j’étais à New-York avec mes patins quad fait-maison. Une paire de Nike violette, j’avais percé quatre trous dans la semelle, je les avais vissée (de manière inamovible) sur la partie roulante et le tour était joué. Outre-Atlantique, ils ont une culture du patin particulière : la bottine. . De nombreuses personnes s’arrêtaient dans la rue afin de me demander où j’avais acheté ces “sneakers on wheels”. Alors j’ai compris que mon rêve d’enfant, que je partageais avec de nombreux autres patineurs, était en réalité bien plus universel que je ne le croyais. Pourtant des marques comme Salomon ou Hypno avaient déjà produit des rollers en ligne de ce type mais avec le projet Flaneurz j’ai voulu aller plus loin dans ce sentiment de liberté. Adapter un système d’attache/détache à n’importe quelle chaussure.

Pourquoi ne pas avoir monté ton projet à l’étranger ?

Je me suis renseigné sur les démarches sur le sol américain, mais cela semblait compliqué et surtout je me suis dit que je n’aurai pas autant d’accompagnement que je ne pourrais en avoir en France. De retour à Paris, j’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres, au bon moment. J’ai eu la chance de rencontrer Arnaud Darut Giard, ingénieur de formation et passionné comme moi de déplacement urbain. Nous avons travaillé pendant trois ans sur la R&D du système Flaneurz. Nous étions épaulés par Walid Nouh qui est chef de projet informatique et un des leader du site d’information rollerquad.net. Il s’est rapidement associé à notre projet, il nous apporte des conseils, des contacts et ses connaissances poussées sur le matériel. Au tout début, je pensais m’en sortir seul avec mon idée et faire appel à des prestataires. Mais c’est impossible de monter un projet d’envergure sans s’associer, malgré toute la bonne volonté du monde il faut t’entourer des compétences que tu n’as pas, cela ne peut qu’enrichir le projet.

Surtout que si je ne me trompe pas, tu es plutôt cuisinier de formation ?

Exactement, j’ai bossé en Inde, aux US, en Suisse j’ai même failli monter un créperie au Mexique. Je suis fier de mon parcours « atypique ».  Je suis donc cuisinier de formation, je n’ai pas fait d’école de commerce, je suis de la classe moyenne, j’ai grandi dans la Banlieue Nord de Paris à Villiers le Bel. Il faut tout de même rendre à César ce qui appartient à notre Marianne tricolore. En France, quand tu veux te bouger, on peut réellement t’aider et t’accompagner dans tes projets. Mais il faut être malin et débrouillard.

Dans Les Héritiers (1964), le sociologue Pierre Bourdieu étudie le phénomène français de reproduction socio-professionnel. Un fils d’ouvrier a plus de chance de devenir ouvrier… Penses-tu que l’entrepreneuriat est une issue moderne capable de déjouer cette fatalité ?

J’ai fait une formation gratuite CréaJeunes, une sorte d’école de commerce en accéléré avec de nombreuses notions sur la manière de monter un business plan ou de trouver des financements. Ensuite, nous avons intégré la pépinière d’entreprise de la Courneuve et obtenu plus de 100.000 euros en prêt d’honneur auprès du réseau Initiative France. Les entrepreneurs français ne sont pas les plus mal lotis, il est possible de se faire accompagner dans la création de son projet, mais pour cela il faut faire preuve d’un peu de débrouillardise. Il faut savoir ruser et trouver des pistes alternatives de financement. Les bourses de BPI France sont trustées par des profils qui sortent de Dauphine ? Pas de problème, il existe des nombreuses bourses annexes comme celles du programme French Tech Diversité. De même, très peu de jeunes de banlieue sont au courant de certaines informations. Par exemple,les entreprises créées dans les quartiers en zone franche bénéficient d’exonération de charge sur les profits pendant 5 ans après leur création. Alors oui, il faut fouiner un peu plus pour l’apprendre, mais ces informations existent et sont accessibles à tous. Le pire ennemi d’un entrepreneur, c’est la victimisation. Il faut savoir transformer la marginalité en atout et la difficulté en avantage. Après, la reproduction socio-professionnelle est une réalité et les initiatives doivent se multiplier pour la faire reculer.

« Die Heimat ». Ce mot allemand, difficilement traduisible dans les autres langues et célèbre dans la littérature outre-Rhin, signifie selon la sémiologue Waltraud Legros : « le pays que chacun porte à l’intérieur de soi ». C’est important ce type de sentiment pour un entrepreneur ?

Évidemment ! J’imagine, ou plutôt j’espère, que pour chaque entreprise, réussir à créer de la richesse sur son territoire est à la fois une vocation et une fierté. Nos produits sont fabriqués main dans notre Skatelab à la Courneuve. Pour certains composants, nous collaborons avec des ESAT, des établissements et services d’aide par le travail. Ces structures aident à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. C’est pour le côté économique. Pour le côté associatif, nous parrainons l’association « Mobile en Ville » qui favorise l’accessibilité urbaine aux personnes en situation de handicap. C’est important pour Flaneurz de considérer l’humain alors attention, on n’est pas non plus des révolutionnaires et ce que nous faisons reste minime. Mais apporter notre pierre à l’édifice est important pour nous.

Tu ne serais pas mine de rien en train de me définir une nouvelle forme de pratique, à savoir le roller équitable.

Roller équitable c’est un grand mot, disons que nous faisons attention à la manière dont nous fabriquons nos produits, nous essayons dans la mesure du possible de privilégier le circuit court et le made in France, après, par exemple il n’y a plus de fabrication de roulement de roller en Europe, du coup pas le choix c’est la Chine. Depuis l’été 2017, nous collaborons avec VEJA, dont les baskets sont éthiques et soucieuses de l’environnement, de ses fabricants et de ses utilisateurs. Notre discours est rassembleur à l’image de notre cible. Entre 15 et 20% de nos clients n’avait quasiment jamais fait de roller avant d’acheter l’un de nos produits. Actuellement, nous sommes les seuls à avoir une véritable expertise en transformation de chaussures. Notre pôle de développement travaille actuellement sur de nombreux projets. La mobilité urbaine n’est pas un marché de niche, les déplacements dans la ville du futur seront totalement repensés y compris par le principe de la « concept shoes ». Aujourd’hui, on roule et demain ? On sautera ? On volera ? Qui sait…

Flaneurz met la ville à vos pieds !