Le DATA Center de… Fretlink

Dans « Data Center », Fred donne la parole aux chiffres à travers l’histoire d’une entreprise. Aujourd’hui, disséquons les entrailles de Fretlink, la start-up qui souhaite révolutionner le transport de marchandise.

Sur la grande frise chronologique de l’évolution de nos transports de marchandises, quelques étapes clefs sont facilement identifiables. La genèse tout d’abord, avec l’invention de la roue par les Sumériens en 3500 avant notre ère. Puis le décloisonnement du monde grâce à la curiosité de grands voyageurs comme Marco Polo ou Christophe Colomb. La Conquête de l’Ouest grâce à la machine à vapeur ou encore l’inauguration de la première autoroute française en 1946 entre Saint-Cloud et Orgeval. Dans cette liste, non-exhaustive, il serait tentant d’ajouter la création en 2015 de Fretlink par Paul Guillemin. En proposant une plateforme numérique qui connecte les chargeurs industriels à un réseau de plus de 5.000 transporteurs en Europe, cette jeune start-up a entrepris l’ambitieuse tâche de dépoussiérer un domaine pas forcément folichon : le fret routier.

Le transport routier, entre archaïsme et opacité

Dit ainsi, pour un public peu averti, rien d’extraordinaire. Du coup, pour bien comprendre l’importance de l’arrivée de Fretlink dans le transport routier, tâchons déjà de comprendre comment ce monde, méconnu du grand public, fonctionne. Pour livrer une marchandise, quelle que soit sa taille, d’un point A à un point B, à une date précise, une entreprise fait appel à un organisateur ou commissionnaire de transport, qui va se charger de lui trouver les solutions de transport dont il a besoin auprès de plus petites sociétés de transport. Pour organiser cette mise en relation, il existe ce qu’on appelle les bourses de fret. Auparavant par téléphone, puis sur Minitel et enfin sur Internet, ces places de marché rassemblent les transporteurs, qui publient leurs disponibilités et leurs capacités de transport, et les commissionnaires, qui renseignent leurs demandes de transport et précisent et leurs directives de livraison. En cas de convergence, ces deux parties scellent leur accord par la signature d’un contrat et roulez jeunesse. Malheureusement, la réalité de l’asphalte n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.

90% des sociétés de transport sont des TPE de moins de 10 salariés

Lors de sa dernière année d’études, Paul Guillemin monte une agence digitale spécialisée dans les applications mobiles. Il rencontre au hasard d’un appel d’offre, un transporteur routier qui lui demande de développer pour lui un logiciel de gestion de flotte, histoire d’optimiser le remplissage de ses camions. Pour l’épauler dans la conception de ce produit, Paul s’appuie alors sur les compétences de son cousin germain, économiste et data scientist. Les deux jeunes hommes découvrent alors un secteur inégalitaire, dominé par une poignée de très gros transporteurs qui imposent leurs lois au reste de la flotte comme nous explique Paul :

« Aujourd’hui, les industriels utilisent moins de 10% de l’offre disponible en Europe parce que 90% des sociétés de transport sont de petites sociétés régionales, souvent familiales, où le père a acheté quelques camions et où le fils passe sa journée au téléphone sur les bourses de fret pour trouver du fret supplémentaire. »

La grande majorité des transporteurs sont des petites structures qui ne sont pas incapables toujours en mesure de répondre aux exigences des grands groupes industriels en termes de géolocalisation ou de statistiques précises sur leurs activités et leurs livraisons. Pouvoir transmettre ce type de données aux entreprises nécessite un lourd investissement logiciel.

Du coup, sur les fameuses bourses de fret, la mise en concurrence par le prix prévaut et non pas vraiment la qualité de service.

Les commissionnaires capables de répondre aux grosses demandes des grands chargeurs industriels trustent une grande partie du business, puis le sous-traite à de plus petites sociétés de transport via les bourses ses de fret. On observe fréquemment un phénomène de sous-traitance en cascade : du coup, sur toute la chaîne de transport se crée une flopée d’intermédiaires entraînant à son tour une opacité tarifaire et un suivi parfois compliqué. Parfois, un transporteur passe commande et ne sait même pas quel livreur exact lui délivrera ses palettes de tomates du sud de l’Italie à Rungis. Dans ce contexte, Fretlink se propose de supprimer cette multiplicité d’intermédiaires, afin de rapprocher les expéditeurs de ces TPE régionales du transport autour d’un logiciel qui optimise le pilotage de leurs activités.

1 camion sur 4 en Europe roule à vide

Datant de 2014, cette statistique aberrante de la Commission européenne résume à elle seule le grand déséquilibre du secteur du transport routier. Près d’un camion roule à vide ou en sous-charge sur nos autoroutes. Un non-sens qui se répercute sur les prix finaux pour le consommateur mais qui rogne également sur les marges et rend plus difficile les conditions de travail des « ouvriers » de la route, soumis à toujours plus de pression. Face à ce problème, Fretlink ne souhaite pas devenir qu’un simple entremetteur, mais bien un accompagnateur en apportant une expertise technologique.  C’est à ce moment qu’entre en scène les fameux algorithmes et le « Big Data ». La solution identifie automatiquement les possibilités de mutualisation du plan de transport avec les flux ou contre-flux d’autres chargeurs, permettant ainsi d’optimiser le remplissage des véhicules sur l’ensemble des trajets effectués. A la clé, un gain de performance sur les dépenses et émissions de C02, mais aussi et surtout une meilleure rémunération des transporteurs impliqués sur ces transports afin de gagner leur adhésion.

Le transport routier, un marché à 330 milliards d’euros

Le marché du fret représente près de 330 milliards d’euros par an, soit trois fois plus que celui des VTC, mais contrairement à Uber et consort, Fretlink ne réduit pas son activité à une simple mutualisation des trajets et des coûts. Pour co-construire de manière durable, pérenne et équitable un nouveau standard d’organisation du transport de marchandises, la start-up propose également à ses partenaires un accompagnement dans leur transformation numérique et dans l’appréhension de ces nouveaux usages. Un positionnement que peine à reproduire ses principaux concurrents sur le secteur comme Geodis, Chronotruck, Everoad ou encore DB Schenker.

Dans cette optique, Fretlink a officialisé en avril dernier sa troisième levée de fonds d’un montant de 25 millions d’euros. Lors de ce nouveau tour de table, deux acteurs majeurs du transport routier ont rejoint l’aventure : Edenred Capital Partners et TIP. Pour continuer à séduire les transporteurs, la start-up se structure en véritable plateforme de services. Le but est de constamment proposer des nouveaux usages à son parc de partenaire premium, comme des aides à l’achat de véhicules, des conseils pour réduire les émissions de C02  ou encore une aide à la gestion des frais de carburant. 

L’éclatement géographique de cette flotte de camions est un avantage pour Fretlink.

Grâce à ce tissu régional, la start-up quadrille le territoire européen dans ses moindres interstices. Résultat, Fretlink travaille régulièrement avec plus de 400 clients réguliers, parmi lesquels Showroomprivé, Intermarché, Procter & Gamble ou encore Kronenbourg.  La jeune entreprise indique même avoir multiplié son CA par 10 en un seul exercice, avec un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros en 2018. Devant tant de réussite insolente, les appétits s’aiguisent : en mars, la société Uber annonçait le lancement de « Freight », un service de gestion de fret routier expérimenté aux Pays-Bas. Mais Fretlink a déjà une longue d’avance.  Grâce à sa levée de fonds, l’entreprise souhaite doubler ses effectifs (80 personnes) et ouvrir des bureaux en Allemagne, en Belgique et en Pologne.

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