L’altruisme, la nouvelle vision de l’entreprenariat

Entrepreneur

Qu’est ce qui fait un entrepreneur à succès ? De nombreux articles ont été écrits, d’autres en sortiront, tout comme des livres sur la recette de leur succès. Le fait est que c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui aident à la réussite et que les entrepreneurs “successful” ont sû foncer sur l’opportunité. Dans une société qui cherche aujourd’hui à changer les choses, certains ont sauté sur l’occasion d’y participer et d’apporter leur pierre à l’édifice. Bienvenue dans l’entreprenariat altruiste.

 

Bien sûr le travail est un facteur primordial, la date de naissance aussi semble-t-il, d’après Malcolm Gladwell dans son ouvrage « Tous winners : comprendre les logiques du succès ! ». Mais finalement, peu importent les heures passées sur un projet et peu importe qu’on sorte de HEC ou pas, le plus important, c’est d’avoir la bonne idée, au bon moment. Et le travail acharné pour la développer en découle naturellement. Souvent cette bonne idée provient du constat d’un manque, d’un besoin ou d’un problème. Notre société évoluant constamment, les entrepreneurs à succès sont ceux qui ont su voir cette problématique, imaginer une solution et l’exploiter. Comme le dit le fondateur d’Instagram Kevin Systrom, « On a juste eu la bonne idée, au bon moment, avec les bonnes personnes ».

 

Ces nouveaux entrepreneurs altruistes

Si on prend du recul, on peut tout à fait observer les grandes tendances qui régissent notre société, autant au niveau économique que de nos mœurs. Depuis quelques années la tendance est à l’altruisme. Chez Fred nous l’appelons l’entreprenariat altruiste : gagner de l’argent oui, mais apporter au consommateur ce qu’il y a de mieux, faire mieux. Prenons un cas d’école , la marque Michel et Augustin. L’enseigne française se place à la troisième place des entreprises préférées des jeunes cadres, juste après Google et LVMH. Comment se fait-il qu’une marque de cookies et de mousses au chocolat en arrive à se tenir côte à côte avec des mastodontes de l’économie mondiale ? En quelques mots, c’est par l’envie d’offrir aux consommateurs une alimentation à base de vrais produits, après avoir constaté la composition des plats industriels. Les deux fondateurs ont créé leur entreprise en proposant des recettes gourmandes et aussi simples que possible avec des ingrédients de qualité. Les trublions du goût sont arrivés au moment où les gens prenaient de plus en plus conscience que ce qu’ils consommaient affectaient leur santé et que les exhausteurs de goût et les conservateurs que les industriels se bornaient à rajouter dans leurs recettes étaient néfastes. Michel et Augustin a créé une relation de confiance avec ses consommateurs, prônant bons ingrédients, gourmandise et sympathie. Mieux, ils ont créé une entreprise à leur image, positive, où il fait bon de travailler. Pas étonnant qu’ils soient si haut dans le classement. Depuis 2006, les deux amis de collège travaillent d’arrache-pied. Ils ont abordés le marché de l’alimentaire avec un storytelling drôle et des événements décalés. Résultat ? Ils se sont même exportés à l’étranger.

Le « manger mieux » passe par la connaissance

Malheureusement toutes les marques ne sont pas aussi transparentes sur leur composition et déchiffrer les étiquettes des produits peut être un calvaire. Sans parler des termes scientifiques que seuls les aficionados connaissent. Dans la continuité du « manger mieux », beaucoup de consommateurs cherchent à savoir ce qu’ils mangent. Mais peu de gens ont le temps, et l’envie, d’apprendre par cœur la liste interminable des ingrédients qui entrent dans la composition des aliments et leurs effets. Tout comme passer trois heures au supermarché à décrypter les étiquettes de chaque produit. Et c’est exactement comme ça qu’est né Yuka. L’un des fondateurs, Benoît, voulait acheter de bons produits afin que toute sa famille consomme mieux. Il achète donc un livre pour l’aider à s’y retrouver parmi toutes les étiquettes mais qui n’est pas pratique à emmener pour faire ses courses. C’est là que l’idée de transposer ce livre papier en livre digital germe. Avec son frère François et Julie qui s’occupe de toute la partie communication, ils saisissent l’opportunité et conçoivent l’application Yuka, une plateforme qui va ravir tous ceux et celles qui veulent consommer mieux, sans passer par la case décryptage. L’équipe utilise Open Food Facts, une base de données de produits qui ont été analysés au préalable, et, en scannant le code-barre, vous savez en quelques seconde s’il est excellent, bon, mauvais ou médiocre, mais également pourquoi. Yuka propose même une alternative plus saine. D’ailleurs l’équipe entend bien inciter les industriels alimentaires à améliorer leurs produits, dont les compositions sont souvent décriées. Enfin, loin d’être le seul secteur concerné par des mauvaises compositions, la startup s’est attaquée au marché des cosmétiques. Objectif : le bien-être à l’extérieur et à l’intérieur.

La réalité du bonheur au travail

Et la recherche du bien-être se retrouve partout, même en entreprise. Depuis quelques années on se rend compte que bien se sentir au travail est essentiel. Que ce soit l’environnement, l’ambiance générale ou l’entente avec ses collègues et ses supérieurs, plus que jamais le bonheur au travail est important et doit être pris en compte. D’ailleurs, d’après une étude de Wildgoose effectuée en 2017 au Royaume-Uni, 61% des salariés considèrent que le bonheur au travail est plus important que le salaire. Un employé heureux est effectivement plus productif de 12%, ce qui impacte directement les résultats de l’entreprise. De plus en plus elle va chercher à créer une atmosphère épanouissante, comme le prouve l’émergence d’un nouveau poste : le Happiness Manager ou le Chief Happiness Officer (CHO). Pour les plus sceptiques, son rôle va bien au-delà de l’organisation d’apéros. En soi, c’est faire en sorte que les valeurs de l’entreprise, y compris le bonheur des employés soient véritablement appliquées. C’est le métier des altruistes. Le CHO va veiller à ce que l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle soit conservé, ira organiser des évènements pour fédérer l’équipe, mais surtout, il va observer et écouter. Il va veiller à ce que chaque problème, chaque mal-être soit résolu. Une startup s’est d’ailleurs donné le défi d’apporter le bonheur au travail. Pendant son stage de fin d’études chez UBS, Marie Schneegans, aujourd’hui 24 ans, se retrouve à manger seule le midi. Elle tape donc aux portes pour trouver des collègues afin de partager son repas mais cela reste peu pratique. C’est de cette « mauvaise » expérience que lui vient l’idée de « Never Eat Alone », une plateforme qui connecte les employés des grandes entreprises pour déjeuner ensemble. De retour à Paris, Marie travaille sur ce projet pendant deux ans, qui voit enfin le jour en 2016. Ambitieuse et intuitive, la jeune entrepreneuse décide d’aller encore plus loin et lance un an plus tard Workwell, qui absorbe sa première application. Cette nouvelle plateforme est entièrement dédiée au bonheur au travail. Elle regroupe et donne accès aux employés à tous les services de leur entreprise et de l’immeuble. Cela va du cours de yoga, à la réservation de salle et au contrôle de la climatisation, au co-voiturage, livraison de repas et une crèche. Elle dispose également d’une messagerie où tout le monde peut échanger et créer des groupes centrés sur leurs intérêts communs. L’équipe de Workwell travaille sans cesse au développement de nouvelles fonctionnalités et espère devenir le numéro 1 du bonheur au travail. L’intuition de Marie fût la bonne puisque Never Eat Alone avait déjà séduit les grosses entreprises du CAC 40 comme Renaults ou PNB Paribas mais aussi American Express et Unibail-Rodamco, le premier groupe coté de l’immobilier commercial au monde. Comme quoi il semble que le bonheur au travail conduise vraiment au succès.

L’équation entreprenariat + philanthropie

L’entreprenariat altruiste prend aussi une forme philanthropique, ce concept qui pousse à aider les autres de manière désintéressée. Conscients d’avoir eu de la “chance », les entrepreneurs deviennent philanthropes, pour faire bouger et améliorer les choses à leur manière et à leur niveau, que ce soit en œuvrant pour l’environnement ou la recherche contre des maladies. Certains donnent régulièrement à des associations, d’autres crées la leur à l’instar de Bill Gates et de sa fondation « Bill & Melinda Gates Foundation ». On appelle cela le Charity Business. Bien que souvent décrié, le Charity Business consiste en soi en toutes les pratiques, telles que des opérations médiatiques, qui permettent de récolter des fonds à des fins caritatives. C’est le cas d’Alexandre Mars, multimillionnaire français. L’entrepreneur a acquis sa fortune au fil des années en revendant ses sociétés de conseils à des grandes entreprises, PhoneValley à Publicis et ScrOOn à Blackberry. Mais aussi grâce à ses investissements dans des startups comme Spotify et Pinterest. Le diplômé d’HEC et de Dauphine créé Epic en 2014, sa startup à but non lucratif, qu’il finance lui-même. Mars a fait le tour du monde pour sélectionner les associations et ONG qui œuvrent pour aider les enfants, leur accorder une éducation, les faire sortir de la pauvreté, « lutter contre les injustices sociales touchant les jeunes de 0 à 25 ans nés du mauvais côté de la barrière ». Pour trouver des dons afin d’aider ces associations, l’entrepreneur multiplie les conférences et les rencontres avec des gens fortunés et des entreprises (mais aussi des particuliers) pour les convaincre de céder des actions, à donner une partie de leurs fortunes. Ce n’est pas chose facile car la corruption et les détournements de fonds sont choses relativement courantes dans ce milieu. Pour remédier à cela, le serial entrepreneur a créée l’application Epic sur laquelle les contributeurs peuvent voir en temps réel la manière dont est utilisé le don, sur quel programme et son avancement. Son but final ? Que le don devienne la norme, comme il l’explique dans son livre « La Révolution du partage ».

 

“La meilleure raison pour lancer une entreprise est de créer du sens, de créer un produit ou un service qui contribue à améliorer le monde.” Guy Kawasaki